THOMAS Jean (1908)                                          Résistance intérieure                                            Réseau Béarn (BCRA)                              L'Heure H,  Hamlet Buckmaster (SOE)

 

Jean Auguste THOMAS est né le 29 Avril 1908 au Havre.

Son engagement dans la Résistance au Havre coincide avec la création en 1942 du réseau L'Heure H.

 

Naissance de l’Heure H au Havre

 

Après le terrible démantèlement du groupe Morpain, Philippe Chandelier, qui tenait le bazar en face de l’église Saint-Denis-de-Sanvic, contacta en janvier 1942 Roger Mayer, alias Paul Desjardins, professeur de physique au Lycée du Havre, ancien collègue de Morpain, mais qui ne s’était jamais douté des activités clandestines de ce dernier.

Le mois suivant, un autre professeur, Bidot, lui présenta  Jean THOMAS, alias Lieutenant Pierre, qui, sans l’appui d’un réseau, avait déjà fait ses preuves.

« Physiquement, écrit Georges Godefroy [1], c’était un homme d’une force étonnante ; prudent, astucieux et patriote, il assurera seul la liaison avec les chefs de groupe ». 

Roger Mayer rencontre également Raymond Guénot, à la tête d’un petit groupe de résistants, et les deux groupes fusionnent. Avec l’aide d’un graveur professionnel, Mayer se lance dans une fabrique de faux-papiers qui réalise dix mille fausses pièces officielles, facilitant l’évasion de deux mille prisonniers, réfractaires ou aviateurs alliés récupérés. Il décide ensuite, avec Chandelier, de fonder un journal clandestin, L’Heure H, dont Mayer trouve l’exergue : « Toutes les heures blessent, la dernière tue ».

L’Heure H devient en même temps le nom du réseau havrais. Il ne leur restait plus qu’à établir le contact avec Londres, ce qui sera tenté l’année suivante…

 

Entre temps, au mois de juillet ou août 1943, le contact avec Londres, tant recherché par Roger Mayer, se produit enfin  : un accord est réalisé avec les services secrets britanniques du Special Operations Executive (SOE), et L’Heure H fut dès lors intégré à la section Hamlet- Salesman I du réseau Buckmaster. Cette section « F », française, du SOE, était dirigée par le colonel Buckmaster.

L'intégration de L'Heure H au sein de ce réseau va faire bénéficier le groupe de parachutages d'armes et d'explosifs (les seuls terrains disponibles se trouvant dans la région de Rouen). Un certain nombre d’opérations de destruction fut également commandé et réalisé.

 

En 1943, Jean THOMAS, qui était entré à Thireau-Morel, la plus importante entreprise de bâtiment et travaux publics de la région, s'occupe des chantiers du port du Havre.

Il obtient un laisser passer pour travailler dans l'enceinte de la marine allemande et réussit des coups d'information.

 

A compter du 1er août 1943, il devient agent P2 pour le SOE : il prend le commandement de L’Heure H dans le Pays de Caux et réceptionne avec trois autres hommes un parachutage d’armes pour le réseau Hamlet en septembre  :

"Le dangereux voyage s'effectue de Rouen au Havre avec un camion des Eaux et Forêts et Jean THOMAS doit arriver au Havre avant 22 heures, heure du couvre-feu.

Avant Yvetot, un éclaireur signale que les Allemands fouillent tous les camions qui passent par le village. Le camion doit se dérouter et très vite, Jean THOMAS réalise qu'ils ne pourront être au Havre avant le couvre-feu. Il décide de passer la nuit à Bréauté,  chez M Duflos.

Avant Bréauté, le camion est arrêté par un barrage allemand. Malgré la présentation des papiers qui atteste que le camion doit livrer  du charbon pour la marine allemande de Fécamp, l gradé allemand a du mal à le laisser partir. Ils arrivent enfin chez Duflos où ils cachent les armes sous la paille de la grange.Le dépôt doit être provisoire.

Huit jours plus tard, "Pierre", avec deux compagnons et un camion de location et son chauffeur (qui n'avait rien à voir avec la Résistance), viennent récupérer les armes cachées dans la grange de M Duflos.

le chauffeur regarde placidement le chargement. Il croit que les containers contiennent du matériel électrique. Il comprend, lorsqu'il voit tomber d'un container mal fermé, une mitraillette. "Pierre" doit le menacer afin qu'il accepte de les conduire au Havre.

La cache se situe 6 rue Lenormand à Graville dans une maison en partie sinistrée. Le chauffeur jure qu'il oubliera ce qu'il a vu ; mais quelques emps plus tard, des membres du réseau indiqueront à Pierre qu'un chauffeur  de camion se vante de savoir beaucoup de choses sur la Réistance, dans les bistrots.

Les hommes de l'Heure H amènent l'homme à Pierre, et celui-ci le menace sérieusement. L'homme sera discret jusqu'à la Libération". [2].

 

La cache de Graville étant peu sûre, ils décident de déménager le stock. Au mois de Décembre, la cachette idéale sera trouvée à Sanvic. 

 

Jean THOMAS s'occupe aussi de la formation paramilitaire des membres, formation qui s'effectuait à Harfleur.

Il apporte une aide aux pilotes alliés abattus dans la région, évacués grâce à différents filières du SOE.

 

En plus de la liaison avec le SOE, il développe également ses liens avec les autres réseaux : il est chef de groupe au réseau Béarn, membre du BCRA, auquel il fournit des renseignements sur les différents bunkers construits au Havre (4) . Le réseau Béarn demanda à L’Heure H de faire du Renseignement sur toute la région et, à partir de novembre 1943, lui fournit régulièrement le papier nécessaire à la fabrication de son journal [2]. 

 

Jean THOMAS  fait également le lien avec le réseau Libération Nord.

 

Le Groupe de l'Heure H prêta au moins deux fois des armes et des explosifs aux FTP du Havre. Les modalités de ce prêt étaient strictes : les armes ne devaient servir qu'à la protection de l'équipe de sabotage et les FTP devaient rendre compte de l'utilisation qu'ils comptaient faire de ces armes. Les équipements devaient ensuite être restitués à L'Heure  H.

 

Suite à l'arrestation du chef de Groupe du SOE de Rouen, Raymond Guenot est arrêté le 11 Mars 1943 à Sanvic ainsi que Chandelier. Jean THOMAS qui voit Guenot avec des membres de la Gestapo prévient les autres membres du réseau. Ni Chandelier ni Guenot ne parleront.

L'Heure H met en sommeil ses acivités. Les stocks d'armes ont été découverts et sur Rouen, le réseau Salesman est détruit. 78 hommes ont été arrêtés entre Rouen et Le Havre.

 

Raymond Guenot est  fusillé le 1er Novembre 1943. Comme il le demandait lui-même dans une lettre en forme de testament, sa mort ne devait pas arrêter la mission de ses camarades : quelques jours plus tard, le 13 novembre, Roger Mayer, Jean THOMAS et trois réfugiés espagnols, sabotaient au Havre, à l’explosif et au plastic, l’usine Fouré Lagadec qui travaillait à la réparation de navires allemands endommagés [2].

En Février 1944, Jean THOMAS effectue deux transports d'armes de Rouen au Havre et c'est à l'instant où il vient chercher livraison d'un troisième chargement qu'il découvre que les Allemands ont remonté la filière.

Il réussit à prendre la fuite, revient au Havre, cherche à prévenir Roger Mayer du réseau l’Heure H, mais les Allemands sont déjà à sa porte…

"Le 11 mars 1944, à la suite de la souricière tendue par la Gestapo et l'inspecteur vichyssiste Alie, Roger Mayer est arrêté sur son lieu de travail, ainsi que deux des membres du réseau L'Heure H. Roger Mayer est presque battu à mort par la Gestapo. Dans les jours suivants, la Gestapo procède à l'arrestation de plusieurs résistants  dont son ami Gaston Le Borgès,  le 15 mars 1944.

Le 12 avril 1944, ils quittent la prison Bonne-Nouvelle de Rouen, avec tous leurs camarades du réseau SALESMAN, pour être internés à Compiègne-Royallieu.

Le 27 avril 1944, ils sont jetés dans les wagons à bestiaux du convoi des "Tatoués". Ils sont déportés à Auschwitz Birkenau. Le 12 mai 1944, ils repartent vers Buchenwald.  Roger Mayer sera ensuite affecté au Kommando de travail de Flossenbürg  à Flöha.

Gaston Le Borgès  est désigné pour le Kommando Mulhausen de Buchenwald. Il meurt le 13 mai 1945 à Bad Kreuznach, dans le train sanitaire qui le rapatrie d'Allemagne. Une plaque est apposée sur son ancienne maison à Harfleur.

Quant à Roger Mayer, il est rapatrié en mai 1945. A son retour, il fonde le journal "Le Havre Libre" dont il devient l'un des directeurs.  [3]

 

Le Lieutenant Pierre ne doit d'avoir échappé à ce terrible coup de filet sur toute la Nor­mandie que par miracle. Lui qui prenait tous les risques, distri­buait au péril de sa vie « L' Heure H » - d'où sortira à la libé­ration « Havre Libre », qui transmettait les vrais « faux cachets » du graveur Le Borges et les vrais « faux papiers » imprimés place Jules Ferry chez Mme Chossat, qui ne se séparait jamais de son révolver, est obligé de se terrer.

« Recherché par toutes les polices, je me trouvais désespérément seul, sans contact et, ayant été aban­donné par Londres qui trouvait dorénavant notre réseau trop dangereux » 

Revenu de Paris, il se cache le 6 juin chez des amis à Bléville. Il prend contact avec Pierre Naze qui dirigeait pour Le Havre le réseau FTPF et prépare l'arrivée des armées alliées.

Le 5 septembre, il se retrouve à Cuverville avec la 51e division des Highlanders et avec elle, fait  mouvement vers Le Havre pour l'opération « Astonia », comme officier liaison avec les habitants. [4]

 

 

Jean THOMAS est cité à l’Ordre du Régiment en novembre 1945 et reçoit la Croix de Guerre 39-45 avec Etoile de Bronze :

« Chef des groupes d’action du réseau Salesman I, secteur du Havre depuis juin 1943, a convoyé plusieurs transports d’armes depuis Rouen jusqu’en zone côtière interdite. A pris part à l’attaque contre l’usine Foure-Lagadec, usine fabriquant des pièces de rechange pour sous-marins et effectuant sur ces bâtiments des réparations légères. A échappé aux arrestations opérées parmi les membres du réseau en mars 1944.

En août 1944, s’est maintenu en liaison constante avec les éléments avancés alliés investissant Le Havre, et notamment avec le major Mac Millan, de la 51e Division Ecossaise ».

 

Réseau Béarn : « Pourchassé par la Gestapo après l’arrestation de ses chefs, a repris contact avec notre réseau et continué son travail clandestin jusqu’à la libération. Excellent Agent au service de la cause de la Résistance, d’un dévouement et d’un courage à toute épreuve ». 28 octobre 1948

 

Décret du 24.04.1946 – J.O du 17.5.1946. Citation pour la Médaille de la Liberté. (THOMAS Jean – alias PIERRE).

« A combattu avec le plus grand courage pour la cause de la liberté, en rendant une aide d’une importance exceptionnelle aux Membres des forces Armées Américaines et Britanniques qui évitaient la capture dans les Zones d’Europe occupées par l’ennemi. Le courage, la bravoure et la dévotion exceptionnelle à la cause commune de la liberté montrés par cette personne, en prenant des devoirs aussi dangereux, sachant le prix qu’elle aurait payé en cas d’arrestation, ont été un facteur primordial à la terminaison des hostilités sur ce théâtre et méritant les plus hauts éloges » Le Havre, le 28 octobre 1947.

 

Un diplôme, délivré par la RAF lui fut également remis officiellement en 1948 : « This certificate is awarded to Mr. Jean THOMAS. As a taken of gratitude for and appreciation of the help given to the sailors, soldiers and Airman of the British Commewealth of Nations, which enabled then to escape, from, or evade capture by the ennemy ». 28 octobre 1948.

 

Jean THOMAS est décédé en 1996 au Havre.

Ressources

 

 

Dossier Résistant au SHD de Vincennes (non consulté)  : Cote GR 16 P 295722

 

[1] Georges Godefroy, Le Havre sous l’occupation 1940-1944. Imprimerie de la presse, le Havre.

 

[2]  La Résistance au Havre de 1940 à septembre 1944 1999  DEA Maitrise Université de Rouen, Rodrigue Serrano. d'après Le Havre, 1940-1944. Tome 2, 1942-1944 , Jean-Claude et Jean-Paul Dubosq : Luneray, éd. Bertout,1998, 390 p.

 

[3] Roger Mayer, chef du groupe Salesman du Havre Lien

 

[4] Article de presse "In memoriam" datant de 1996

 

Actions de la Résistance en Seine-Inférieure. Dossier réalisé à partir de la thèse par Michel Baldenweck, 2012.

  

Historique succinct du groupe Heure H du Havre. Roger Mayer, 1947. Archives Départementales de Seine-Maritime (communiqué par David Fouache).

 

Ils étaient tombés du ciel : Récit du sauvetage d'aviateurs américains en 1944 dans le pays de Caux. Claude Goupil. 84 p. Lien