Jean-Claude Laurent Champrosay

Circonstances de la mort de Jean-Claude Laurent-Champrosay par Paul Morlon (Extrait de :  Souvenirs d'un officier d'artillerie coloniale)

 

"Le 17 juin, LAURENT-CHAMPROSAY accompagné du Commandant RAVET, son adjoint, décide de faire une liaison vers l'AD de la 3e DIA qui progresse à notre gauche. Le Colonel conduit lui-même le Command-car.

Arrivés à un chemin très près du front, RAVET conseille à son chef de ne pas continuer : des mines antichars ont été récemment posées et sont très visibles. Le Colonel n'insiste pas et revient.

Le lendemain, il envoie le Capitaine MESSAGER (X 34), de son État-Major, pour faire la liaison. Le chemin n'a pas été déminé.

L'officier fait demi-tour au même endroit, revient et rend compte.

«- Auriez-vous peur ?»

«- Non, mon Colonel, mais j'applique le règlement qui est formel.»

«- Bon, je vais y aller moi-même ; les mines, cela s'évite.»

Et les voilà partis. LAURENT-CHAMPROSAY prend une ultime précaution, il se fait précéder par l'Adjudant-Chef BIRAUD, l'homme des missions délicates ou frô­lant l'impossible, au volant d'une jeep. En vain.

Le rendez-vous avec la mort est programmé.

Toutes les mines ne seront pas évitées, et l'une d'elles, sur laquelle la jeep est passée sans dommage, saute sous la pression de la roue avant-gauche du véhicu­le, blessant très grièvement le Colonel. MESSAGER est très choqué, mais n'a rien de cassé.

La nuit suivante, LAURENT-CHAMPROSAY meurt à l'ambulance chirurgicale.

Le 18 au matin, le Lieutenant DE QUINSAC, du 1er groupe, est tué en liaison auprès de l'infanterie.

Le 19 juin, ma batterie est retirée du combat pour rendre les derniers honneurs aux deux officiers, lors de leur enterrement à SAN-LORENZO.

Discours émouvant du Général DE LARMINAT (commandant le corps d'armée des deux divisions en­gagées) pendant que la canonnade, très proche, se fait entendre.

 

Je note à l'époque :

"Nous avons perdu un chef qui a été parfois très dur, injus­te, mais dont la haute valeur morale, la conscience militaire s'imposaient à tous."

Il était également dur pour lui-même et vivait comme un ascète. Son régime ali­mentaire était des plus sommaires : les rations les plus simples de l'armée améri­caine, les rations K les moins encombrantes, les moins gastronomiques, mais les plus vite mangées. Il manquait de chaleur humaine, à moins qu'elle ne fut cachée."

Cérémonie à la mémoire du Lieutenant-Colonel Laurent-Champrosay - Saint Gatien des Bois

Revue de la France Libre n° 21, septembre-octobre 1949