Le Réseau "L'HEURE H"

"Toutes les heures blessent, la dernière tue"

1942, naissance de l’Heure H au Havre

 

Après le terrible démantèlement du groupe Morpain en Juin  1941, Philippe CHANDELIER, qui tenait le bazar en face de l’église Saint-Denis-de-Sanvic, contacta en janvier 1942 Roger MAYER, alias Paul Desjardins, professeur de physique au Lycée de garçons (François 1er)  du Havre.

Cet ancien collègue de MORPAIN ne s’était jamais douté des activités clandestines de ce dernier.

 

Le mois suivant, un autre professeur, BIDOT, lui présente Jean THOMAS, alias Pierre, qui, sans l’appui d’un réseau, avait déjà fait ses preuves.

Roger MAYER  rencontre également Raymond GUENOT, à la tête d’un petit groupe de résistants, et les deux groupes fusionnent.

Avec l’aide de LE BORGES, graveur professionnel, Roger MAYER se lance dans une fabrique de faux-papiers qui réalisera dix mille fausses pièces officielles, facilitant l’évasion de deux mille prisonniers, réfractaires ou aviateurs alliés récupérés.

Il décide ensuite, avec CHANDELIER, de fonder un journal clandestin, L’Heure H, qui sera diffusé à 1000 exemplaires, et dont MEYER trouve l’exergue : « Toutes les heures blessent, la dernière tue ».

L’Heure H devient en même temps le nom du réseau havrais.

Jacques HAMON, alias Maurice Hue, l’un des trois membres du groupe Morpain à avoir été relâchés en 1941, avait également rejoint L’Heure H.

L'agent de la Gestapo Martz, qui l'avait prévenu qu'il le retrouverait, pense en avril 1942 détenir suffisamment de preuves contre lui pour l'arrêter au domicile de ses parents. Mais il travaille... sa soeur parvient à le prévenir à temps et Jacques HAMON se cachera à Lillebonne avec l'aide de Raymond GUENOT, avant que ce dernier ne l'emmène à Paris où il demeurera pour assurer la diffusion de L'Heure H dans la capitale  [1].

 

Au Havre, René GANDON, un membre du Groupe Morpain qui n'avait pas été inquiété, diffusera localement le Journal l'Heure H.

Source Gallica

En attendant la liaison avec Londres, L’Heure H continue au Havre de collecter des renseignements militaires sur les ouvrages allemands, afin d’être prêts à les communiquer

dès que cela lui sera possible. Jean THOMAS, alias Pierre et Georges MAGUIN étaient chargés de ce travail.

Livré d’abord à ses seuls moyens, le groupe se résout à fabriquer les seules armes qu’il puisse réaliser, des grenades.

Roger MAYER, professeur de physique, se charge de constituer un stock de bouteilles incendiaires d’essence avec amorce de chlorate de térébenthine, allumé par une ampoule d’acide sulfurique écrasée, lors de son  lancement, par le choc d’une masse [2] .

 

Mai 1943, la fusion avec le réseau Salesman I

 

Au cours de l'année 1943, témoignant du développement rapide du réseau,  plusieurs groupes indépendants fusionnent avec L'Heure H, dont  ceux des résistants René PERROCHON et Jules LEFEBVRE.

 

En Mai,  le réseau Béarn demande à L’Heure H de faire du Renseignement sur toute la région. A partir de novembre 1943, il lui fournit régulièrement le papier nécessaire à la fabrication de son journal  [2] .

 

C'est aussi au mois de Mai que le contact avec Londres, tant recherché par Roger Mayer, se produit enfin : un accord fut réalisé avec les services secrets britanniques du Special Operations Executive (SOE), et L’Heure H fut dès lors intégré à la section Hamlet-Salesman I du réseau Buckmaster (section Française du SOE, dirigée par le colonel Buckmaster). Jean THOMAS devient alors  chef de groupe du réseau Salesman 1 dans le secteur du Havre.

En vue d'un prochain Débarquement au Havre, il lui fut demandé d’organiser des formations paramilitaires, et des armes furent parachutées à cet effet. Un certain nombre d’opérations de destruction fut également commandé et réalisé.

En outre, L'Heure H était maintenant  en mesure de communiquer aux Britanniques les renseignements collectés par Jean THOMAS et Georges MAGUIN : le plan détaillé de toutes les  fortifications de la ville, et le long de la côte jusqu'à Etretat, en particulier la plate-forme de lancement de V1 d'Esclavelles, qui fut détruite selon leurs indications  [2] .

 

L'arrestation de Raymond Guénot

Archives Michel Pérot, AAAFL

Au printemps 1943, Raymond GUENOT, en accord avec Roger MAYER, avait adhéré au Rassemblement national populaire (RNP), le parti collaborationniste de Marcel Déat.

En quelques semaines, il devint le président du comité régional. Fort de son poste, cette position lui permit d’être informé des activités allemandes et d’intercepter de nombreuses lettres de dénonciation, évitant ainsi le drame de l’arrestation. En prêchant à des convertis les vertus de l’Ordre nouveau, Raymond GUENOT devint le confident du Dr Ackermann, Kreiskommandant du Havre. Il connaissait ainsi, avant tout le monde, les décisions de la Kommandantur. 

Au mois de juillet 1943, un employé du magasin Vaxelaire trouva un courrier dans une boîte à lettre clandestine que Raymond GUENOT avait fixée dans un couloir de l’immeuble du magasin où il travaillait. Ce courrier parvint à la police française puis aux autorités allemandes.

Le 20 juillet 1943, à l’aube, les autorités allemandes firent irruption chez lui : Raymond GUENOT  fut arrêté « pour détention d’armes et intelligence avec l’ennemi ».

Sur sa table de nuit se trouvait une pile de numéros de L’Heure H tirés la veille [3].

 

Il ne parla pas et, par miracle, il ne se produisit aucune arrestation au sein du groupe.

 

Ses amis tentèrent de faciliter son évasion, mais le 1er novembre 1943, Raymond GUENOT était exécuté à Rouen.

Avant de mourir, il réussit à faire parvenir une lettre :

« Tout gosse je rêvais du patriote qui tombe devant l’ennemi en criant « Vive la France ! ». Demain je serai comme mon héros imaginaire. Pas plus que la sentence la vue du poteau d’exécution ne me fera trembler (…) Je tiens à ce que après, ma couleur politique soit bien définie, elle est la même que Pol (Roger Mayer) et moi avions donné à notre enfant (L'Heure H).

Ni noir, ni rouge, ni blanc : Français seulement et avant tout (…)

Tu sais combien j’étais ennemi des étiquettes, mais s’il avait fallu m’en donner une, quelle qu’elle soit, elle ne me faisait pas peur car, si vouloir son pays libre, si vouloir la liberté pour chaque individu, si vouloir que les profiteurs du malheur des uns soient châtiés, si vouloir le bonheur de la plus grande masse possible, si vouloir la responsabilité des dirigeants, si vouloir l’entente dans la Nation, la paix entre les nations, si tout cela devait être catalogué : j’accepte. Pour moi je le résumais par un seul mot : Français » [1].

 

Dans une opération risquée, Yves LE DU, membre du réseau Saint-Jacques, ramena le corps de Raymond Guenot de Rouen au Havre, afin qu’il puisse obtenir une sépulture décente au cimetière Sainte-Marie [4].

 

Comme Raymond GUENOT le demandait lui-même dans sa lettre, sa mort ne devait pas arrêter la mission de ses camarades :

Les membres du réseau et le journal L'Heure H continuèrent leurs actions grâce à leur fusion récente avec le réseau du SOE Buckmaster Hamlet-Salesman.

Le résistant FFL Marcel FREMONT devait reprendre les activités de fabrication de faux-papiers de Raymond GUENOT.

le 13 novembre 1943, quelques jours après que Raymond GUENOT ait été fusillé, Roger MAYER, Jean THOMAS alias Pierre, et trois réfugiés espagnols, sabotaient au Havre, à l’explosif et au plastic, l’usine Fouré Lagadec qui travaillait à la réparation de navires allemands endommagés...

Sources

 

[1] Georges Godefroy, Le Havre sous l’occupation 1940-1944. Imprimerie de la presse,1965

[2] Historique succint du groupe Heure H du Havre. Roger Mayer, 1947.Archives départementales de Seine Maritime. (Communiqué par David Fouache)

[3Fiche biographique du Maîtron  :  Raymond Guenot 

[4] Entretien avec Madame Nicole Prigent, fille d’Yves LE DU, AAFL, 2015.

 

Ressources

 

  • Fiche biographique du Maîtron : Raymond GUENOT LIEN
  • Enquête  de l'arrière petite-fille de Gabriel CAILLET, membre du Réseau l'Heure H, sur son grand-père LIEN
  • Actions de résistance en Seine-Maritime. Dossier réalisé par Michel Baldenweck  LIEN
  • Dossier SHD Vincennes du réseau Béarn GR 28 P 3 73
  • Dossier SHD Vincennes du Réseau Buckmaster : cote GR 28 P 3 161-162