Forces Aériennes Françaises Libres (F.A.F.L)

Refus de la défaite, volonté de continuer la lutte pour assurer la pérennité de la France, mais aussi de son aviation militaire, sentiment de défendre l'honneur d'un pays vaincu, voire plus simplement désir de se battre ou encore de piloter : telles sont quelques-unes des principales motivations qui animent les aviateurs ralliés à la cause du général de Gaulle.

 

Une lente et difficile structuration.

La naissance de l'institution au sein de laquelle ces combattants sont appelés à être réunis est heurtée, parfois tourmentée. En effet, les Forces aériennes françaises libres (FAFL) naissent, le 1er juillet 1940, dans des conditions pour le moins singulières. Elles ne rassemblent que 500 volontaires à peine (900 en 1941, parmi lesquels 276 en Grande-Bretagne et 604 sur les autres fronts) et ne disposent pas d'un officier d'un grade suffisamment élevé pour en assurer le commandement. Aussi sont-elles confiées à un marin, le vice-amiral Muselier, assisté du lieutenant-colonel d'aviation Pijeaud, qui préside à leur avènement et leur donne leur insigne, une croix de Lorraine sur fond azur.

Astreintes à signer un engagement pour la durée de la guerre, les recrues de l'aviation française libre se présentent individuellement ou par groupes plis plus ou moins importants – 115 élèves des écoles de pilotage du Mans et de Vannes embarquent, le 18 juin 1940, à Douarnenez, sur le langoustier Le Trébouliste.

Les volontaires viennent de métropole, des territoires de l’Empire ou encore des pays étrangers où ils résidaient avant la guerre et rejoignent les Britanniques en Egypte, en Palestine, à Malte, à Gibraltar, en Grande-Bretagne et même à Singapour (depuis l’Indochine).

Ils arrivent par la mer (notamment lorsque les troupes britanniques et polonaises évacuent la France, en juin 1940. Ou par la voie des airs et transitent parfois par l'Espagne.

Nombreux sont aussi les membres des FAFL qui basculent dans la dissidence à la suite de ralliements géographiques, en particulier en Afrique-Equatoriale française (1940) ou au Levant (1941). Ils sont jeunes (près de 90% d’entre eux ont moins de trente pour une moyenne d'âge de vingt-trois ans) à peine sortis des écoles ou encore à l'instruction pour bon nombre des premiers ralliés.

Les officiers comptent pour 23 % des effectifs, les sous-officiers pour 42 % et les hommes du rang pour 35 % - répartition qui correspond à la structure hiérarchique de l'armée de l'air, même si les officiers supérieurs sont peu nombreux. Leur répartition par spécialité donne la majorité aux pilotes et aux élèves pilotes (72 %), tandis que les observateurs représentent 12 % et les mécaniciens 4,5 % seulement (caractéristique qui produit d'importantes difficultés pour la maintenance des appareils).

Alors que le général de Gaulle souhaiterait former des unités aériennes autonomes, comme l’ont fait les Polonais (1 813 navigants en 1941) ou les Tchèques (546 navigants la même année), les circonstances font que les Français libres ne peuvent créer que de petites escadrilles intégrées dans des unités de la Royal Air Force (RAF) du niveau Squadron.

 

C'est ainsi que les Free Flights 1, 2 et 3 sont constitués au Moyen-Orient en juillet 1940, Le Fighter Group (groupe de n° 1) et le Jam (Menace) en Grande- Bretagne en août 1940, le detachement permanent des forces aériennes du Tchad et l'escadrille de bombardement n° 2 en Afrique-Équatoriale, l'escadrille de chasse n° 1 en en Egypte.

L’arrivée à la tête des FAFL du colonel Martial Valin, en avril 1941, constitue un moment crucial qui permet de modifier en profondeur la physionomie de cette petite aviation, « La situation est catastrophique, explique cet officier supérieur quand il prend son commandement. Quelques pilotes sont en opération dans des Squadrons de la RAF, les autres, plus nombreux, sont des jeunes dont l'instruction est à faire et dont peu parlent anglais. Il faut un an avant d'avoir quelque chose de bon. »

Le commandant en chef des aviateurs français libres organise, tant en Grande-Bretagne qu'au Moyen-Orient ou en Afrique, des groupes de chasse, de bombardement, de surveillance ou de lutte anti-sous-marine auxquels il attribue, dans le cadre d'une démarche hautement symbolique, des noms de provinces françaises (Alsace, Île-de-France, Normandie puis Normandie-Niémen, Lorraine, Bretagne, Picardie, Artois). Il donne aussi à la France Libre une aviation de transport (les Lignes aériennes militaires), qui permet de relier les territoires sur lesquels elle exerce sa souveraineté, et des unités de parachutistes.

Le 27 juin 1943, à quelques jours de leur fusion avec l'aviation d'Alger, les FAFL alignent 3 684 hommes et femmes, parmi lesquels 922 navigants et 1 406 indigènes de l'Afrique française combattante. Jamais leurs moyens n'ont dépassé 1 200 hommes simultanément ; les engagements - dont l'arrêt légal survient en août 1943 - n'ont fait, en réalité, que combler les pertes.

 

Les FAFL au combat. Les FAFL sont engagées dès 1940 dans la ba¬taille d'Angleterre, puis à Dakar et au Gabon (septembre-novembre 1940), au Fezzan (1940-1941), dans la campagne de Libye (1940-1942), en Erythrée et au Levant (1941). Elles affrontent à diverses reprises l'armée de l'air de Vichy dans des combats fratricides et, à partir de 1943, opèrent majoritairement depuis le territoire britannique (groupes Alsace, Île-de-France et Lorraine). Une fois consommée la réunification de l'armée de l'air, les aviateurs gaullistes sont déployés, sous commandement tactique britannique, dans les opérations menées pour la reconquête de l'Europe occupée et au-dessus de l'Allemagne (1944-1945).

Un de leurs groupes, Bretagne, est intégré dans une escadre de bombardement française placée sous la responsabilité tactique américaine. Enfin, Normandie-Niémen, transformé en régiment, combat au sein de l'aviation soviétique de 1943 à 1945.

Mais bien d'autres navigants servent de façon individuelle, d'un bout à l'autre du conflit, dans des formations de la RAF.

De par leur recrutement et le contexte singulier dans lequel les hommes qui les forment se sont rangés dans le camp de la France Libre, puis de la France Combattante, de par la variété des parcours et des destins personnels aussi, les FAFL constituent, certes, une masse hétérogène, mais une masse dont la cohésion n'en est pas moins assurée par le partage d'un certain nombre de valeurs communes.

L'impact psychologique de ces quelques milliers de « sans-culottes de l'air », comme les appelle le général Valin, est en tout point exceptionnel.

Pendant les trois années qui vont de leur basculement dans la dissidence jusqu'à leur amalgame avec les formations aériennes d'Afrique du Nord, ils ont été les seuls aviateurs français à servir aux côtés des Alliés, à l'ombre de la croix de Lorraine. Leur nombre n'a jamais dépassé 4 500 à 5 000, mais leurs pertes ont été considérables : près de 500 tués au combat et 152 prisonniers (de juillet 1940 à juillet 1943), soit environ 40 % des effectifs du personnel navigant.

Au milieu de 1943, ils revendiquent 315 avions ennemis abattus officiellement, 35 probablement, 67 endommagés, 6 bâtiments coulés, 12 incendiés et 86 avariés, sans compter des centaines de véhicules et matériels de toutes sortes détruits sur l’ensemble des fronts.

Forts d’une identité propre et de codes spécifiques, ils cultivent le sentiment d'appartenir à une élite guerrière hors du commun, destinée à former le noyau d’une nouvelle armée de l'air qui conformément aux aspirations de la Résistance, possède un fonds démocratique républicain, défend des idées avancées et entend se situer au cœur de la renaissance qui surviendra dès la fin du conflit.

Patrick FACON

Dictionnaire de la France Libre

 

Bibl. : Éric Buchot, Les Forces aériennes Françaises libres 1940-1945, mémoire de maîtrise, université de Paris-l, 1987 - Charles Christienne, « Typologie et motivations des Forces aériennes françaises libres », dans Recueil d'articles et d'études 1984-1991, p. 99-112 - Paul Lemaire, Les Forces aériennes françaises libres de août 1941 : sauvegarder l'honneur des ailes françaises, mémoire de master 1 université Charles-de-Gaulle Lille-lll, 2006