VINCENT Michel  (1923-2003)   FNFL                1er Bataillon de Fusiliers Marins Commandos     Badge n° 56

Nos remerciements à Ghislaine Vincent-Boulais pour l'ensemble des documents et témoignages issus des archives de son père.

Copyright Ghislaine Vincent-Boulais

 

Michel VINCENT est né à Houquetot (76) le 5 Octobre 1923.

Son père est cultivateur ; il est orphelin de mère à 7 ans.

A 11 ans il obtient avec mention son certificat d’études mais sera malgré lui commis agricole dans deux fermes cauchoises : de longues journées de besogne, un maigre salaire et des nuits dans l’étable.

Mais Michel VINCENT persiste et suit des cours du soir. Il gagne son émancipation l’été 1938 à 15 ans, lorsqu’il embarque comme mousse sur le Dupleix...

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En 1939, la Compagnie des chargeurs réunis lui propose d’embarquer au Havre sur le Lipari. Il part volontaire, à 16 ans moins un mois. Au moment du débarquement américain en Afrique du Nord en novembre 1942, il est à bord du paquebot De la Salle à Casablanca qui rejoint ensuite Liverpool en Angleterre.

Il se porte candidat pour les commandos après son engagement en Mars 1943.

 

Michel VINCENT - « Je voulais entrer dans une unité de choc, le commandant Kieffer recherchait de nouveaux éléments : on était nombreux de la marine marchande, et avec Yves MEUDAL, on a rejoint les commandos le même jour en 1943.

 

Début 1943, on a passé des examens, puis on est partis à Cricchieth au Pays de Galles, où on a commencé un entraînement avec les Français et les Anglais, pour voir ceux qui seraient capables de monter ensuite à Achnacharry pour obtenir le badgesuisentré aux commandos nous étions une vingtaine. Il fallait être apte, beaucoup ont voulu entrer aux commandos mais beaucoup n’ont pas été admis, ils ne pouvaient pas suivre toutes les cadences, surtout les marches de 12 kilomètres en moins d’une heure et les 20 kilomètres en 1h52, sac sur le dos. Alors ceux qui n’étaient pas capables, au point de vue santé ou autre, retournaient dans une autre unité combattante : les marins repartaient dans la marine nationale, d’autres dans l’armée de terre. Parmi ceux qui partaient, certains ont rejoint les parachutistes où l’entrainement était moins pénible.

 

Philippe Kieffer était un officier du chiffre de la Marine nationale, il m’a fait une très forte impression celle d’un combattant. Il était venu nous voir avec le capitaine Trepel, décédé plus tard dans un raid, il nous a inspiré confiance, il voulait être parmi ceux qui pourraient débarquer un jour en France, aux côtés des alliés. Il était un peu comme le général de Gaulle, très national et antinazi surtout. Quand on le regardait, on voyait qu’il était fait pour être un baroudeur.

 

Après Criccieth, c’est à Achnacarry, au bord du Loch Ness, que se passait l’examen de commando. A Achnacarry, il fallait donner tout ce qu’on avait comme ressources physiques. On était fiers d’obtenir les badges. Kieffer était là, mais nous sommes montés avec Guy Vourch - si je ne me trompe pas- et Pinelli il me semble.

On nous avait inculqué que plus nous serions rapides, plus on interviendrait rapidement avec efficacité, moins on aurait de morts. Les militaires faisaient 6 km à l’heure à l’époque Quand les Allemands calculaient qu’on arriverait à telle heure, on était là une heure avant. Je me suis accroché, je trouvais que c’était un entrainement très poussé mais qui avait le mérite de former des troupes spéciales. C’était une unité entrainée pour agir rapidement avec efficacité. C’est Churchill qui a fait faire les commandos.

 

Dans le groupe des Français, j’avais un ami que j’aimais énormément, un Luxembourgeois, Antoine Naveau, et puis Yves MEUDAL et Quaintric qui venaient de la marine marchande ; on était déjà liés par ce que nous avions fait avant, ce que nous étions. Les marins marchands étaient plus résistants que les autres. Il y avait aussi Marcel RAULIN, qui était du Havre. Il venait de la même compagnie que moi de la marine marchande, des liens d’amitié très forts nous unissaient. C’est moi qui ai jeté ses cendres à l’eau quand il est décédé*.

 

A Achnacarry, ce sont les britanniques qui étaient nos professeurs, on n’avait pas le temps de se lier d’amitié avec eux mais on les respectait très fortement. En sortant d’Achnacarry, on a reçu le béret vert avec une cérémonie particulière, organisée par Kieffer à chaque fois que quelqu’un entrait dans le commando. J’ai le badge n° 56. On ressentait une certaine fierté, et lorsque nous allions dans la rue en tenue de commandos, on ressentait que la population anglaise nous respectait énormément.

 

Lors de l’entrainement, nous vivions chez les civils, en « billet » **, avec armes et bagages, soit seul, soit par deux. Leur accueil était très chaleureux.

Kieffer nous avait inculqué de ne rien dire de ce que nous faisons dans l’entrainement. Les Anglais qui nous hébergeaient n’étaient pas au courant de ce que nous allions faire. On partait chaque matin, et parfois pour des manœuvres de nuit, nous ne leur disions rien, ni de ce que nous faisions non plus... et ils ne nous posaient pas de question » [1].

 

* En décembre 1991.

** Le « billet » : sorte de pension de famille ou hébergement chez l’habitant.

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Michel VINCENT  - « L’entrainement était parfois dangereux : on est montés du côté d’Inverness faire des manœuvres de nuit ; on a débarqué dans l’eau froide, la glace, puis on a marché dans la nuit 60 kilomètres, sans se changer, tout mouillés comme ça… Il ne fallait pas se faire attraper, il y avait des troupes de soi-disant ennemis, et il fallait s’arranger pour passer.

Ensuite on est redescendus dans le sud de l’Angleterre, à Eastbourne au 10ème interalliés - ou n° 10 commandos - avec des Hollandais, des Belges, mais aussi la Troop x, des Allemands, beaucoup de Juifs allemands.

La Troop 8 est arrivée plus tard à Eastbourne. Mais nous n’étions pas en nombre suffisant pour que Kieffer puisse se faire respecter des Anglais en plus haut lieu, ce n’était pas le tout, il a eu énormément de mal pour s’imposer. Un peu plus tard, il a trouvé le colonel Dawson, qui parlait français aussi bien que vous et moi et qui aimait les Français, qui a donné l’ordre que les Français débarquent les premiers. On était dans un camp secret avant d’embarquer ». [1]

 

Le D-DAY 

 

C’est le 26 mai, 1944, au camp de Titchfield où ils sont arrivés la veille que les commandos prennent connaissance de leur objectif : leur débarquement se fera sur Queen Red dans le secteur Sword. Dans un premier temps, ils devront prendre à revers les points forts allemands de Riva-Bella à l’embouchure de l’Orne et libérer Ouistreham en prenant l’écluse du canal intacte.

Dans un second temps, ils rejoindront les hommes de la 6e Airborne aux ponts sur le canal et l’Orne. Les noms des lieux ne leur sont pas dévoilés avant le 6 juin au matin, mais… des Normands du bataillon les ont reconnus.

 

Michel VINCENT - « Pas moyen de sortir du camp. Consignés. Il arrivait des troupes, du matériel et on se disait : « du débarquement ». On verrait bien au moment opportun, quand on partirait. On avait presque tous pensé qu’on débarquerait en France »

 

Les barges arrivent face à La Brèche, le 6 juin au matin, vers 7h25. Le lieutenant-colonel Dawson laisse aux 177 hommes du 1er BFMC la primeur de toucher le sol français, et parmi eux, aux 16 commandos havrais.

 

Michel VINCENT - « Nous avions sur le dos le même matériel qu’à l’entraînement quand nous avons débarqué. L’embarquement s’est très bien passé par les coupées en mer, il faisait mauvais, ceux qui n’étaient pas marins étaient malades, et quand on a vu le matin au large les avions passer mettre des fumigènes alors que le vent enlevait tout... ce qui m’a choqué le plus vers le Havre, un bateau qui a coulé... J’ai dormi un peu... j’ai pensé à rien. J’étais toujours très jeune – pas encore 21 ans - on verrait ce qui se passerait demain.

L’ambiance était calme, on nous a servi du thé et du café, j’ai pris du thé et c’était fini. Pas le temps de réfléchir.

 

La Troop 1 a le plus souffert, on a débarqué juste en face d’un blockhaus, Casalonga est tombé à côté de moi. « Allez-y, allez-y ! », Masson, un camarade, est tombé : « Michel, tourne- moi la jambe…», et c’est là que j’ai été projeté à une vingtaine de mètres, presque en haut de la plage, juste avant de passer les barbelés. Je suis reparti, je ne savais pas ce que j’avais.

20 ans après j’ai retiré des petits éclats.

J'ai été soigné par le Dr Lion dans une maison devant le blochaus, il m’a mis des pansements ; 5 minutes après il était tué.

La Troop 8 a progressé le long de la plage, nous la Troop 1, devant le casino.

De la colonie de vacances, nous avons progressé rapidement de chaque côté de la route pour prendre le casino, pour se mettre face au blockhaus.  Quand j’étais avec Masson, il y avait deux grenadiers en face ;  une grenade est tombée, je l'ai reprise par le manche... 

Kieffer a dû aller chercher un char anglais. Il y avait une tranchée antichar et un mur, alors sans le char... on aurait perdu beaucoup plus de personnel. 

 

 

La deuxième mission était de rejoindre ensuite le Pegasus bridge vers Bénouville :

 

" J'ai été blessé de nouveau sur la route de Colleville à Saint-Aubin. Il fallait que je retourne tout seul vers la plage où j’ai vu arriver Mazeas. On est revenus à ce blockhaus où il y avait un poste de secours. C'est là que j'ai retrouvé le quartier-maître Pépé Dumenoir touché à mort.

J'ai été évacué le lendemain, rentré sur une barge  en Angleterre, par la Tamise.

J'ai été hospitalisé un bon mois avant la rééducation, je ne pouvais pas marcher". [1]

 

Début décembre 1944, le 1er BFMC, rééquipé de neuf, gagne Kamperland aux Pays-Bas pour défendre l’île de Beveland du Nord. Michel VINCENT, rétabli de ses blessures du 6 juin 1944, rejoint les Pays-Bas pour ces opérations. 

Il se souvenait d’un hiver éprouvant et glacial passé dans les blockhaus du Nord-Beveland, face à une Division de SS, avant que les commandos ne poussent jusqu’à Recklinghausen en Allemagne.

 

En juin 1945, Michel VINCENT fut cité à l’Ordre de la Division.

Aprèla dissolution du Commando et sa démobilisation en Décembre 1945, Michel VINCENT reprend son service à la Marine Marchande au Havre.

Il poursuit sa carrière au sein des Messageries maritimes, puis de la Compagnie générale transatlantique, passant notamment quinze années aux Antilles comme chef de manutention.

De retour au Havre, il deviendra PDG de la Générale de manutention portuaire, avant de prendre sa retraite en 1983.

 

A Ouistreham, il retrouve régulièrement ses camarades lors des commémorations  du Débarquement de Normandie.

Michel Vincent, au second rang, debout, 3e de gauche à droite

Michel Vincent. Derrière lui, Marcel Raulin

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En 1994, Michel  VINCENT reçoit des mains du Président François Miterrand les insignes de Chevalier de la Légion d'Honneur.

Décret du 24 mai 1994 portant promotion et nomination :

Au grade de chevalier

M. Vincent (Michel, Adrien, Pierre), membre actif de  The Commando Association  (section française), association des anciens du commando Kieffer ; 51 ans d'activités professionnelles et de services militaires.

 

 

Michel VINCENT était également titulaire de la  Médaille Militaire,  de la Croix de Guerre 39-45, de la Croix du Combattant volontaire 39-45,  de la Croix du Combattant volontaire de la Résistance, de la Médaille commémorative des services de la France Libre.

 

Il est décédé le 27 septembre 2003 au Havre et est  inhumé au cimetière de Manneville-la-Goupil.

Le 6 Novembre 2006, le Maire de la commune  inaugurait la place MICHEL VINCENT .

Copyright  Musée de Traditions des Fusiliers Marins et Commandos

Ressources

 

Dossier Résistant au SHD de Vincennes : cote GR 16 P  144435

 

[1] Transcription d'extraits d'un entretien audio avec Michel Vincent, réalisé le  18 juin 2002 au Havre. Archives Ghislaine Boulais-Vincent.

 

Page biographique du Commando Michel Vincent comportant de nombreux documents. Lien