SALIOU Joseph (1905- ?) FNFL              Bataillon de Fusiliers Marins, 1er Régiment de Fusiliers Marins

Livre d'Or des Français Libres

Joseph Marie SALIOU est né le 5 novembre 1910 à Louannec (22).

Selon Paul LETERRIER, il était navigateur à la Compagnie Générale Transatlantique et demeurait au Havre avant la guerre. 

 

Il s'engage dans les Forces Navales Françaises Libres  en août 1941 : 

" Marlin, ce Quartier-Maître pensif et intelligent, faisait partie, en 1941, avec Joseph SALIOU, de l'équipage du bateau-hôpital Canada.  Parti de Marseille, il avait pour mission de rapatrier les troupes vichystes de Syrie.

Comme SALIOU, Marlin n'avait pas hésité à sauter par dessus bord, afin de rallier les troupes gaullistes, et se battre au lieu de rentrer à Marseille " (1).

Livre d'Or des Français Libres

Joseph SALIOU participe à la Bataille de Bir Hakeim en Mai-Juin 1942.

 

KALIL

 

« Petite horreur ! » un mot de plus et tu te retrouves par-dessus bord !

« Kalil » vient de se jeter dans les jambes de SALIOU qui gueule qu'on y crèvera tous et en vient à regretter sa place de pompier sur le Normandie.

« Kalil » a eu la queue brûlée par une douille ; « Kalil » c'est notre chien. Il n'a pas été touché à l'habillement, ne figure pas à l'inventaire du Bofor, mais il est de la famille. On ne s'y tromperait d'ailleurs pas.

La famille, c'est nous, il y a nous, Kalil et le canon. Celui-là est le plus beau de tous, mais ce n'est pas qu'il en ait le mérite, il gueule depuis huit jours comme tout le monde, mais il a tort, car il n'y a que lui à avoir un trou comme il faut. C'est notre faute s'il gueule ! on ne s'arrête pas de le tripoter dans tous les sens et il ne doit pas comprendre pourquoi car, en bon frère qu'il est, il mettrait autrement un peu de zèle à écarter les zincs. En fait, il les attire et se met à danser quand la terre est prise de roulis ou que tout tangue alentour.

Où nous sommes, c'est Bir-Hakeim. Il y a des boches autour, des Italiens aussi et puis au milieu, il y a nous. Les Anglais sont un peu plus loin, après les champs de mines, du côté de Tobrouk, plus loin même peut-être. Ils font un mouvement tournant, les boches également. Nous, on tourne aussi, because la guerre, alors on reçoit des obus et, quand on se planque d'un bord du trou, ça tombe en face, alors on y va, mais ça recommence, alors on tourne. Kalil tourne aussi, car il veut attraper ce qui lui reste de queue et c'est difficile, on sait que c'est difficile car on le voit faire et il en met un vieux coup.

Quand ça ne tourne plus en bas, ça tourne en haut, les boches dans le ciel font des ronds avant de piquer, alors c'est le Bofor qui les suit et nous avec, moi sur mon siège, SALIOU sur le sien, et les autres, derrière, avec les obus.

Il y a dix jours qu'on fait cela sans pouvoir en prendre l'habitude.

On ne s'habitue à rien, sauf à croire qu'on va y passer, que celui qui s'amène en sifflant nous atterrira sur le coin du nez. Quand ils filent au ras des oreilles, on a beau dire que ça ne sert à rien, on se les ramasse tout de même et on se fait tout petit. C'est très difficile de se faire petit. Ça ne finit jamais de se ramasser les jambes sous le menton, les bras sous les genoux et de rentrer la tête le plus loin possible entre les sacs de sablé. Entre nous, c'est de la blague, car à peine a-t-on trouvé la position anti-balles ou anti-120, que s'amènent les avions, alors il faut foncer et c'est plein les oreilles qu'on prend du quatre à gauche, cinq à droite, douze derrière, encore six, j'en vois huit, des oua... oua.... de Kalil, des « fous le camp » de M. Colmay.

Alors on tire car ils sont partout, ça pétarade tant que va peut, on ne voit plus rien, on ne s'entend plus. C'est comme ça les alertes !

C'est comme ça depuis dix jours.

Après, par habitude, Gloria et Dufour foncent en rase-mottes jusqu'à la cuisine pour faire du thé et vérifier la barrique, eux ou d'autres. Nous allons tous contempler la barrique. Il y a de l'eau encore pour plusieurs jours. Le trou a pris une drôle de forme, mais la barrique n'est pas crevée, tant qu'elle tiendra celle-là tout ira bien. Le thé a une vilaine couleur, il est tout simplement imbuvable. C'est la vraie condition pour le faire durer.

Du trou de cuisine à la pièce, il y a dix mètres et juste là, une Breda italienne qui nous prend d'enfilade.

Plus loin à 100 mètres, C'est l'équipe de Bernier. Leur canon est foutu, ça a mis M. Colmay en rogne, alors pour se rattraper il fait l'observateur avec ses énormes jumelles et décrète que c'est plein de boches et que si ce sacré canon ne s'était pas fait foutre en l'air, ça ferait un bel emplacement d'antichar. - « J'aime mieux pas » - comme dit Guégué, mais Guégué n'est jamais sérieux, il ne veut pas croire qu'on y laissera sa peau et qu'il a une bonne tête, toute prête pour faire un ange.

On bouffe du sable, des vrais paquets et il y a de tout là-dedans. On laisse le corned-beef de côté, il a chaud, nous aussi. Le chocolat c'est de la crème et les biscuits secs sont heureusement durs. Il y a la R.A.F. Toutes les demi-heures, elle est précieuse, car autrement on ne ferait pas son petit pipi d'enfant tranquille et puis après, c'est encore des M. 110, les Messieurs Schmit et des Messieurs dont on ne sait pas le nom mais qui ont des bombes, pas moins que les autres.

Oui, au moins autant, l'essentiel c'est qu'elles tombent chez le voisin et pas sur nous. Chaque pièce sait former un paquet de zincs loin d'elle, sur la droite ou sur la gauche. On croit que c'est arrivé, mais comme Bir-Hakeim est rond et que nous jouons tous au même jeu, par manque de pot, ça tombe toujours, car ça vient par vagues et que je te bing et te rebombing, des trucs à vous dégoûter de la marine et à croire que si on n'avait pas fait cela on serait déjà en l'air, en train de gueuler après les biffins qui sont planqués au fond de leurs trous.

Je suis sourd ou à peu près depuis hier et j'ai promis de prendre une cuite à Alexandrie si on se tire du pétrin dans lequel on nous a mis. Je n'ai plus rien à craindre, ni à espérer et à ce train, je vais devenir un héros, un héros qui n'a plus besoin de baisser la tête quand les obus s'amènent car il ne les entend plus venir et l'histoire d'Alexandrie, aucune chance qu'elle ne m'arrive.

La pièce tire tant qu'elle peut, il y a de l'avion dans tous les azimuts, des petits, des grands, des gros, des douzaines de gros et des paquets de bombes qui s'avancent dans ma grille. Ça tire, ça tombe comme jamais ça n'est tombé, tout fume, c'est la nuit, la nuit acide de poudre... Le ciel, les bombes, les biffins, le consortium Bofor, équipage et pièce, le pot de thé, s'estompent, le chien aussi disparaît quand vient son tour de disparaître, moi avec. Je suis un « Mort pour la France ».

 

Le « Matelot de service à Bir Hakeim » (2)

Avec le 1er Régiment de Fusiliers Marins, il participe ensuite aux campagnes de Tunisie et d'Italie, débarque en Provence le 16 Aout 1944 et combat dans la Libération de la France dans les Vosges et en Alsace.

Livre d'Or des Français Libres

"Je l’ai revu après la guerre à Alger vers 1954 ou 55, il était à bord du paquebot Antilles en croisère et nous avait invités à bord ainsi que des anciens amis du 1er BFM présents à Siroco, dont Colmay et FOUGERE durant l’escale.

Après la guerre, Constant Colmay l’avait proposé pour la médaille militaire, le 4 novembre 1953.

Paul Leterrier

Ressources

 

Matricules : 4322 B30 11118 FN40

 

Dossier administratif de Résistant  au SHD de Vincennes (non consulté) : GR 16 P 532250

 

(1) Combats (1943-1945) de Bertrand Châtel.

 

(2) Les méditations du « matelot de service » à Bir-Hakeim Extrait de la Revue de la France Libre, n° 35, février 1951.