LIARD Gustave (1912-1999)  FNFL                  Goélettes Belle-Poule et Etoile, dragueurs Vierge-de-Lourdes et André et Louis

Nos remerciements à Cédric Thomas, son petit-neveu

Copyright Cédric Thomas - Col. Christiane Thomas

Né le 24 mars 1912 au Havre, Gustave LIARD est issu d'une famille de pêcheurs, résidant dans le quartier Saint Vincent.

Le jeune Gustave entre très jeune dans la vie active, il embarque à l'âge de 13 ans sur le navire de son père. Malgré un environnement et un travail très rude, Gustave LIARD aime ce métier exigeant mais il comprend vite qu'il ne restera pas toute sa vie dans ce milieu. Il entreprend alors de suivre des cours du soir au lycée maritime afin d'approfondir ses connaissances maritimes.

 

Après son service militaire en 1934, il est nommé second maître de réserve et entame une carrière dans la marine marchande. Il obtient son diplôme de "patron au bornage" et intègre la compagnie des Abeilles. Remarqué pour son sérieux professionnel et sa grande maîtrise de la manœuvre des navires, il prend le commandement de remorqueurs.

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L’engagement

 

Patron du remorqueur « Abeille N°6 » au port du Havre, Gustave LIARD ne veut, sous aucun prétexte, vivre sous la botte nazie. Depuis le mois de septembre 1939, il est mobilisé par la Marine Nationale. Le 8 juin 1940, il appareille en direction de Brest avec un dock flottant de 22 000 tonnes en remorque. Appartenant au port de Dunkerque, l’outil portuaire avait déjà été mis en sécurité le 23 octobre 1939 en Normandie, région jugée plus sûre que celle du Nord.

A l’issue de cette mission périlleuse, Gustave Liard appareille du port du Ponant et met le cap sur la Normandie pour un transit retour. Sur ordre du Commandant de la Défense Littorale du Havre replié à Cherbourg, le second maître de réserve LIARD est contraint d’accoster dans le port militaire bas-normand car la ville du Havre vient de tomber aux mains des Allemands.

Le 15 juin 1940, c’est décidé, il ne rentrera pas chez lui où l’attendaient sa femme, Marguerite Vallin, issue d’une vieille famille d’Etretat, et sa petite fille. Une très longue séparation de plusieurs années ne fait que commencer. Il traverse la Manche avec l'Abeille N°6 et son équipage, pour poursuivre le combat en Angleterre  qu’ils atteignent le 18.  

L'Abeille 6 - Source Forum14-18.net

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Il apprend le 20 juin 1940 qu’un général de brigade, un certain Charles de Gaulle, a lancé à la radio anglaise un appel aux Français se trouvant sur le sol britannique pour continuer le combat. Immédiatement, il cherche à rentrer en contact avec ces quelques aventuriers regroupés dans ce qui s’appelle pour le moment la Légion de Gaulle. 

Gustave LIARD s’engage officiellement le 28 août 1940 dans les Forces Navales Françaises Libres avec le matricule 2469FN40 et signe son acte d’engagement  le 12 décembre 1940 pour le temps de la guerre.

Durant sa longue carrière militaire qu’il entreprendra après, Gustave portera fièrement sur son uniforme d’officier des équipages, l’insigne des FNFL sur lequel est gravé au verso le numéro 3309. 

Déception...

 

Mais avant cela, le second maitre LIARD et ses camarades sillonnent les camps de transit où les combattants Français évacués de Belgique et de France attendent leur rapatriement. L’officier marinier espère recruter des soldats, des aviateurs, des marins... mais l’accueil est loin d’être cordial et chaleureux... « On ne va pas continuer à se faire casser la gueule pour les Rosbeef » : les réponses sont agressives et des coups sont même échangés ! Gustave LIARD reconnaissant dans la foule un Etretatais, tente de le convaincre à s’engager chez de Gaulle. « Eh bien moi...je rentre à Etretat et on s’occupera de ta femme ! ».

Rupture. Immense déception. Les ralliements sont peu nombreux ; pour la plupart des militaires, des fonctionnaires et des diplomates présents en Angleterre, l’aventure gaulliste reste une aventure de têtes brulées : ils tiennent la guerre pour terminée... Alors que pour Gustave LIARD, elle ne fait que commencer...

 

La Belle Poule

 

Promu maître le 1er octobre 1940, il est affecté sur le voilier-école La Belle Poule  qui servait avant-guerre à Brest à l’instruction des élèves officiers de l’Ecole Navale. Il assure les fonctions d’officier en second. Le « sister-ship », l’Etoile, servira de bâtiment de réserve car l’argent et le personnel manquent cruellement pour armer correctement ces deux navires. Les goélettes, évacuées du port militaire breton le 18 juin 1940, ne navigueront pour le moment plus ensemble. Les engagés sont si peu nombreux qu’ils occupent rapidement des responsabilités bien souvent sans aucun rapport avec leur âge et leur grade.

Gustave LIARD va devoir travailler dur pour parfaire ses connaissances militaires et approfondir son anglais pour comprendre et se faire comprendre sur une nouvelle terre qui vient de l’accueillir. Sur la première page du petit dictionnaire qui ne va plus le quitter, il a changé son prénom pour éviter d’éventuelles poursuites envers sa famille restée en France.

Gustave LIARD, commandant du groupe des goélettes

 

Le 10 janvier 1941, deux bombes incendiaires explosent sur le pont de la Belle Poule. Malheureusement le commandant Blonsard est grièvement blessé. Gustave LIARD le remplace immédiatement et est ensuite officiellement désigné commandant du groupe des goélettes Belle Poule et Etoile et reçoit à bord le roi Georges VI accompagné de son épouse, la reine Elisabeth.

Après deux rapides promotions, il prépare tous les soirs, seul dans son petit bureau, le concours pour devenir officier. Brillamment reçu, il devient officier des équipages de 2e classe le 1er juin 1943. Malgré un travail personnel important, il n’oublie pas pour autant la mission première du navire qu’il commande.

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Les journées de navigation destinées à l’instruction  de jeunes marins s’enchaînent à un rythme élevé. L’équipage accueille à bord les « Midships » de Navale mais aussi les matelots gabiers, les apprentis canonniers, les élèves timoniers.

La Belle Poule et l’Etoile naviguent à tour de rôle, selon leur programme d’entretien et de disponibilité, dans le Solent entre l’île de Wight et la côte anglaise.

 

 

Parmi les élèves embarqués sur le navire-école, un jeune militaire  retient l’attention :  Philippe de Gaulle, fils du général, est l’un des premiers élèves de l’Ecole Navale des FNFL créée par l’amiral Muselier.

Comme tous ses camarades de promotion, il a parfait son instruction maritime sur les voiliers.

La désinvolture du jeune élève-officier sera à l’origine d’une anecdote révélatrice de caractères exceptionnels de l’époque. L’attitude inadaptée de Philippe lui est un jour vertement reprochée par Gustave Liard. « Heureusement que votre père n’a pas votre attitude car il ne serait jamais arrivé là où il en est ! – Je me plaindrai à mon père ! – Faites jeune homme ! " Philippe de Gaulle sera finalement puni sur ordre du Général en personne. Cette anecdote savoureuse recueillie de nombreuses fois auprès de son grand-père par Cédric Thomas n’a cependant jamais été recoupée par d’autres témoins ni  confirmée par l’intéressé lui-même !

Celui qui deviendra Amiral se souviendra en tout cas de cette période dans ses mémoires publiées en 2001 : «  Les élèves de l’Ecole Navale doivent participer à l’entretien des bâtiments. Nos goélettes Belle Poule et Etoile étaient commandées par le second maitre de manœuvre LIARD et par le second maître Boulaire. Elles disposent chacune de quelques hommes indispensables aux manœuvres de base et à l’entretien des gréements. Nous conserverons intactes nos deus goélettes qui arborent encore le pavillon de beaupré aux angles bleus et rouges et à croix de Lorraine rouge sur fond blanc »

Philippe De Gaulle en tête à droite des Midships. Copyright Cédric Thomas

Le 3 juillet 1944, Gustave LIARD reçoit le commandement du dragueur de mines Vierge-de-Lourdes, un ancien chalutier réquisitionné et armé par les Forces Combattantes (puis, en 1945, du dragueur de mines André Louis). Il participe aux éreintantes missions de déminage aux approches des côtes normandes.

Ce qui le rend impatient car il navigue à proximité de sa Normandie natale... Fin septembre 1944 il reçoit l’autorisation d’accoster à Cherbourg et obtient enfin  une courte permission qui lui permet de regagner le Havre. Près de la gare, il découvre l’horreur de la ville rasée, entièrement détruite. Il pensait retrouver sa famille ...hélas, une ancienne voisine lui apprend  la mort de ses parents, tués sous les bombes britanniques. Son épouse et sa fille seraient parait-il réfugiées à Etretat, du moins, il l’espère. La route lui semble longue jusqu’à Etretat. Mais il retrouve enfin sa petite fille Christiane qu’il peine à reconnaitre, et son épouse Marguerite.

Le dragueur André et Louis - copyright Cédric Thomas

 

Gustave LIARD regrettera toute sa vie de ne pas avoir connu les sentiments de son père sur son engagement dans les armées du général de Gaulle...

Après la seconde guerre mondiale...

 

L’officier des équipages LIARD ne quittera plus la Marine Nationale et participera aux guerres de décolonisation dont trois années en Indochine sans interruption qui le marqueront à jamais,  à la FAIS (Flottille Amphibie Indochine Sud)  et à Haïphong, commandant des LCT 9061, 62, 64 et 9069.  Durant cette période, il sera surnommé le « Commandor », reflétant une incroyable réputation de soldat et de marin hors pair. Le surnom d’un vrai baroudeur qui serait certainement resté au remorquage du Havre si la guerre n’avait pas éclaté en 1939.

 

Après-guerre, il sert aux directions du port de Cherbourg (1946-49 et 1954-55), au centre d’instruction des opérations amphibies de Arzew (1949-1951), de Sidi-Abdallah (1955-58 et 1961-1962), à Marine Boulogne (1958-61) et Le Havre (cdt en second de la Marine, 1963-1965).

 

L'Officier des Equipages Gustave LIARD à Arzew en février 1951

Copyright Cédric Thomas - Col. Christiane Thomas

Il quitte le service actif en février 1965 et, retraité à Etretat, il se dévouera pour les autres durant de nombreuses années et  deviendra maire adjoint.

Après une vie particulièrement riche, Gustave LIARD s’éteint le 22 septembre 1999 à Maniquerville (76) et est inhumé dans le cimetière d’Etretat. Le commandant Jean-François DUPONT-DANICAN prononcera son éloge funèbre lors de ses funérailles.

 

Parmi ses nombreuses décorations, retenons que Gustave LIARD est Chevalier de la Légion d’Honneur pour fait de guerre (1954), titulaire de la Croix de guerre 39 – 45 avec une citation à l’ordre du régiment, de la Croix de guerre Théâtre Opérations Extérieures avec une citation à l’ordre de l’Armée et trois à l’ordre de la division, officier du Mérite Maritime. 

 

Cédric THOMAS

Cédric Thomas et Gustave Liard - Copyright Cédric Thomas

 Copyright Cédric Thomas

Ressources

 

Dossier Résistant au SHD de Vincennes : cote GR 16 P 371926

 

Etretat 1939-1945. Cédric Thomas. Corlet imprimeur. Site de la publication

Plusieurs autres documents relatifs au parcours de Gustave LIARD ont été publiés sur le site Ecole Navale- Traditions-Voiliers-Belle-Poule