HEUSEY Raymond  (1920-1942)  FNFL               Marine de Guerre                                  Chasseur 8 Rennes                                              Mort pour la France

Nos remerciements à Michael Walton et à Estelle Vallois.

Raymond HEUSEY est né le 2 avril 1920 au Havre.

 

Il s'engage dans les FNFL en Janvier 1941, affecté à la Marine de guerre sur le Chasseur de sous-marins CH8 Rennes, qui avait été mis sur cale aux Forges et Chantiers de la Méditerranée de Graville, quartier du Havre, le 10 avril 1939.

Le groupe des Chasseurs FNFL initialement basé à Portsmouth, fut transféré sur l’ile de Wight à partir de février 1941, et s'installa progressivement sur un chantier de construction de bateaux de plaisance de Cowes : Marvin’s Yard, le long de la Medina.

La base aura comme dépôt des équipages, la Diligente, ancienne canonnière sur laquelle logeront les marins FNFL. Si le rôle des Chasseurs fut principalement d’effectuer des patrouilles et des accompagnements de convois en Atlantique Nord, ils furent conduits à participer à des évènements plus spécifiques tels que le Raid sur Bruneval en Février 1942, assurant la protection des commandos parachutistes lors de leur retour vers l’Angleterre et, plus tard, des missions de patrouille en Afrique Equatoriale Française pour deux d'entre eux. Ils eurent à connaître également, après une reconnaissance effectuée fin Avril par l’aviation allemande, un bombardement les 4 et 5 Mai 1942 qui détruisit les bâtiments de leur base.

Visite de la base de Cowes par la Délégation du Souvenir des Marins de la France Libre (septembre 2017)

Les Chasseurs Calais, Audierne et Bayonne similaires au Chasseur Rennes

(pas d'illustration disponible) - Copyright Archives Nicolas Dupont-Danican

 

En Juillet 1942, le Chasseur 8 Rennes a rendez-vous avec le sous-marin Rubis pour l'escorter à Plymouth, sous le commandement de  l'enseigne de vaisseau Guy Perrault, 26 ans. le Chasseur est malheureusement coulé par deux bombes allemandes dans la Manche devant les côtes anglaises, près du Cap Lizard.

 

Le matelot maître d'hôtel Raymond HEUSAY, âgé de 20 ans, fait partie des 27 hommes d'équipage disparus.

 

Il n'y eut qu'un seul survivant : Edward Walton, officier de liaison britannique, qui tenta désespérément de sauver le commandant du navire.

Lieutenant Edward Walton (RNVR)

 

Témoignage de Michael Walton, son fils :

 

"My father, Edward Walton, then a Lieutenant in the RNVR serving as British Liaison Officer, was the sole survivor of the sinking of Chasseur 8, F.S. Rennes on 13th July 1942.

He was in the water for 19 hours and survived because he was wearing a 'life saving suit'.

My father was a lawyer and after the war moved to Norfolk. He was married in February 1943 and I was born later that year. I attach a photo taken at the time he was in the Isle of Wight and the report that he made describing the Sinking of Chasseur 8. I also attach a copy of the citation relating to the Croix de Guerre that he was awarded. He died in September 1978.

My father always spoke warmly of his experience serving with the Free French Navy and no doubt his wartime experience marked him, although he, like many who served in the war, did not speak frequently about the war."

 

Le Lieutenant Walton écrivit un rapport sur la tragédie du Chasseur 8 Rennes le 13 Juillet 1942.

Archives Michael Walton

Traduction Estelle Vallois :

Comment le chasseur 8 a coulé.

Récit de l’officier de liaison anglais :

Copie

J’espère que vous m’excuserez si je fais le compte-rendu informel de la perte du chasseur 8, je suis alité et n’ai pas d’installation pour faire un rapport en due forme.

A peu près à 19:04 le 13 juillet furent repérés à l’aide du faisceau bâbord 2 engins motorisés venant directement vers nous à une direction de 3 miles (5.5 kilomètres). Des ordres furent donnés aux hommes en veille sur le pont de se tenir près de leurs armes. Les avions n’étaient pas reconnus comme hostiles et l’on ne sonna pas le branle-bas de combat.

A environ 1000 yards (900 mètres), les avions qui s’étaient approchés à 200 pieds (60 mètres) prirent soudainement de l’altitude pour créer l’impression qu’ils étaient amicaux, qu’ils nous avaient juste vus et qu’ils s’en allaient. La visibilité n’était que de 5 miles (9 kilomètres). Ils replongèrent immédiatement tout droit vers nous. Le commandant donna l’ordre d’ouvrir le feu. Nous ouvrîmes le feu au même moment où les avions ouvrirent le feu avec leurs mitrailleuses.

Je pouvais entendre les balles frapper le navire et je vis des traceurs toucher le pont de la timonerie. Je crois que le premier maître Guillemet prit ou se tint à proximité de la mitraillette. Il était de veille mais donna la responsabilité du navire au Commandant qui fit immédiatement feu. Le feu était si intense que je me rappelais seulement que je regardais le Commandant au cas où il aurait eu besoin d’aide, pensant que les avions visaient haut, probablement la timonerie. Après quelques secondes, il y eu une explosion à l’avant. J’ai clairement vu l’explosion, les flammes faisaient 16 pieds de haut (plus d’un mètre) et je crois que la bombe qui causa les explosions tomba dans le mess du Quartier-Maître. L'explosion n'a pas réduit en miettes le navire et je n'ai pas senti non plus de choc en timonerie. Cependant, immédiatement après l'explosion, le navire se coupa en deux juste à l'avant de la cheminée. En moins de 5 secondes, j'avais de l'eau jusqu'à la taille et on me tira par ma ceinture de sauvetage sur le pont. La proue se souleva et j'échappais de justesse le fait d'être emprisonné par le devant de la timonerie arrivant sur ma tête. Je passai par-dessus tribord et le Commandant, à bâbord d'où il rejoignit un bateau de secours qui dérivait là. Le navire coula presque avant que je me sois dégagé, c'est à dire 5 secondes avant l'explosion. Il était évident que personne sur le pont du mess n'avait pu s'échapper. En fait, je pense que personne en dessous des ponts ne pouvait s'être échappé. Ensuite, les avions sont revenus immédiatement, très bas et à une vitesse lente. A ma surprise, ils n'ont pas mitraillé les survivants mais sont passés et ont pris la direction du sud, sans dommages apparents de notre riposte.

La mer n'était pas calme. Les vagues étaient de 4 5 pieds (1,2 mètres) avec de temps en temps des vagues qui déferlaient. Je pouvais voir à peu près 8 personnes à 50 mètres de moi dans l'eau, quelques-unes visiblement blessées et qui criaient. Je n'ai pas reconnu de personnes car tous étaient recouverts d'huile, pourtant j'ai cru voir le télégraphiste anglais RIAN. J'avais trouvé un petit débris de navire et pensant que cela pourrait aider un blessé, je nageai avec. Le courant était trop fort pour nager mais à la fin, je vis le Commandant dans le bateau de secours qui coulait (l'embarcation avait été gravement endommagée) et je réussis à aller vers lui et à le prendre sur mon débris de navire. Il avait passé un sale quart d'heure et apparemment, il avait passé un bout de temps dans l'eau. Les autres hommes avaient entre temps dérivé et ne furent plus revus.

Le Commandant et moi restèrent sur le débris de navire qui nous maintenait le haut du corps, mais qui pouvait facilement se retourner. Le matin nous entendîmes le bruit d'un moteur, que nous pensions être celui d'un bateau. Je fis un SOS et d'autres choses de mon sifflet et nous criâmes.

Rien ne se passa. A à peu près 8 heures, le Commandant fut pris de délire et perdit conscience à peu près une heure après. En posant mon bras autour de lui, il fut facile de le maintenir à flot. La visibilité était mauvaise et on ne pouvait voir terre. Il n'y avait ni bateaux ni avions. J'essayais en vain de redonner vie au Commandant et je ne savais pas s'il était mort ou inconscient. Vers 11.00 une vague le retourna et il coula. J'ai essayé de le retourner mais je n'ai pas pu et il a coulé si rapidement. Il avait une ceinture et moi, un gilet de sauvetage qui m'empêchait de plonger. Après plusieurs tentatives pour attirer les avions, je fus recueilli par un MGB à 14.00. J'étais à 6 miles du naufrage du navire.

La vitesse du navire au moment de l'attaque était de 10 miles. Le navire n'a pas dévié pendant l'attaque. Aucun signal MAYDAY n'a été lancé car le temps de s'apercevoir que l'avion était hostile, le temps a manqué.

Je m'excuse du caractère personnel de ce rapport mais les choses sont arrivées si rapidement que je n'ai pu avoir qu'un sentiment personnel de ce qui est arrivé.

Lieutenant Walton, RNVR (réserviste de la Royal Navy et engagé volontaire)

Du quartier des malades de la Royal Navy.

Citation du Lieutenant Walton, qui lui conféra la Croix de Guerre avec étoile de bronze - Archives Michael Walton

Ressources

 

Dossier résistant au SHD de Vincennes (non consulté) : Cote GR 16 P 293138

 

Matricules : 444 CAS41     5683 FN41

 

Site internet de Robert Sclaminec sur l'histoire de la base des Chasseurs de Cowes Lien