GUERIN Joseph  FNFL et Résistance                Caserne Surcouf, Aéronavale, BCRA

Crédit photo Claude Zylberztejn-  Livre d'Or des Français Libres

 

Joseph GUERIN est né le 17 Décembre 1909 au Havre.

 

Le 5 juin 1942, le matelot mécanicien s’évade avec deux de ses camarades de la baie de Kernéléhen (Plouézoch, près de Morlaix) à bord d’un petit cotre de pêche, La Yolande, pour rejoindre l’Angleterre. 

 

La Yolande

 

Jean Saladin, le jeune pilote du cotre, raconte leur évasion :

 

« Trente Allemands occupaient ma maison depuis deux ans, ma haine grandissait de jour en jour et de petits sabotages, des farces et des tours pendables risquaient de m'envoyer dans les camps d'internement. J'avais tout juste quinze ans et demi, et les récits des évadés de France que j'écoutais clandestinement à la BBC me prouvaient que leur exemple n'était pas impossible à suivre.

Préparant depuis six mois cette évasion avec deux autres camarades, Victor Tudal, 16 ans, fils de pêcheur, sec et maigre, bon marin, et Joseph GUERIN, 32 ans, titi havrais, poursuivi par la Gestapo pour leur avoir vendu du café empoisonné, je sentis cette nuit d'été propice pour le départ : bonne météo, nuit sans lune, courant favorable.

Nous avions à notre disposition le petit cotre de pêche breton de mon père (six mètres, voile et moteur) que j'avais préparé à l'insu de mes parents en transportant toute la journée – au nez et à la barbe des ennemis – sous des filets, dans une brouette, tout le matériel qui convient à une expédition de ce genre.

Ma mère était partie pour Paris. Je laissai sur mon lit une lettre à mon père lui expliquant les raisons et les motifs patriotiques qui m'incitaient à m'évader pour rejoindre les FFL et m'engager... J'appris, après la guerre, que mon père fut arrêté par la Gestapo 48 heures, puis relâché faute de preuves d'avoir facilité mon départ. Je sus aussi que deux avions furent lancés à notre poursuite, mais en vain.

A 23 heures, je sautai d'une fenêtre avec mon sac. Il me fallait faire vite, car la sentinelle mettait une minute à faire le tour de la maison. En quelques secondes, je franchis les trente mètres qui me séparaient d'un mur. L'enjamber, reprendre mon élan après un contact avec le sol et rejoindre mes amis dans le taillis convenu, fut bientôt fait.

Laissant nos sacs et l'accordéon de Joseph GUERIN, il fallut aller voler l'essence de la Wehrmacht entreposée dans une de nos dépendances. Nous eûmes là notre première émotion : un bruit suspect nous effrayait, ce n'était qu'une bâche glissant le long d'un mur sur des bidons.

Après avoir parcouru cinq cents mètres, un bidon sur le dos, nous étions arrivés au bord d'un talus qui masquait la grève. Soudain, un bruit de bottes. Au moment précis où nous arrivions, une patrouille rentrait à son poste. Nous nous étions jetés à terre, retenant notre souffle. Et les nazis passèrent à deux mètres de nous. Le voyage faillit bien se terminer là...

En larguant la chaîne du « corps mort », je trempai ma chemise de sueur, tant le silence de la nuit, par calme plat, rendait difficile cette délicate opération. Le moindre bruit insolite aurait pu nous faire repérer.

La chaîne larguée, nous nous laissions doucement dériver à la godille avec le jusant pendant un mille... Enfin, avec mes deux amis à bord, nous franchissons la passe étroite avec le courant descendant, accroupis dans le fond du bateau, le cœur battant, redoutant le crépitement des mitrailleuses. Rien ne se passa. Au bout de plusieurs minutes de cette attente angoissée, chacun à son tour godilla de toutes ses forces pour nous éloigner le plus rapidement possible de la côte.

Une fois bien dégagé, je mis le moteur en route à l'extrême ralenti, en ayant auparavant eu soin de demander à Victor de tenir un seau sur la sortie d'échappement, dont le bruit se confondait avec celui que faisaient au loin les brisants. Après avoir parcouru cinq milles par cette nuit sans lune, on ne pouvait plus nous apercevoir et je donnai l'ordre de hisser les voiles blanches... Le moteur en avant, je mis le cap au noroît. La grande aventure commençait, la première partie était gagnée » [1].

Ressources

 

Dossier Résistant au SHD de Vincennes (non consulté) : cote GR 16 P 274936

 

Matricules : 5342 C30 252 FN42

 

[1] J.-M. Saladin, « Morlaix-Neulyn en 17 heures ». Publié sur le Livre d’or des Français Libres. Lien

 

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