COLAS André (1914 - ?)  FNFL                           Evadé par l'URSS                                     Marine de Guerre                                               ML 246 Saint-Yves,  MTB 94

Copyright Adrien Abraham

Tous nos remerciements à Adrien Abraham qui a établi les parcours des marins du Havre ayant servi à bord des ML et des MTB  (Odyssée 1940-1945  des Français Libres du Havre, 2017).

 

Faits prisonniers en juin 1940 lors de la débâcle, quatre Havrais, Emile Autin, François Thierry-Mieg,  André Thominet et André COLAS,  s’évadent d’Allemagne orientale vers la Lituanie, alors occupée par les Soviétiques. Ils sont emprisonnés à Kaunas puis transférés en Union soviétique dans les prisons de la Loubianka et de Boutirki près de Moscou, puis au camp de Kozieclsk, près de Mitchourine.

 

Suite à l’invasion allemande en URSS, le 22 juin 1941, le capitaine Pierre Billotte, convainc les Soviétiques de libérer 186 Français et de leur faire gagner l'Angleterre pour s’engager dans la France Libre.

 

Dans le train qui les conduit vers Griazovets, l’aspirant de marine René Millet compose le « chant des évadés » ayant pour refrain : « Pour combattre avec de Gaulle, souviens-toi, souviens-toi, qu’il faut se taper pas mal de taules, en veux-tu, en voilà. De Kaunas à Mitchourine, au grand pays de Staline, évadés dans la misère, toujours la mine altière".

 

Le 30 août, ils embarquent pour l’Angleterre par Arkhangelsk et le Spitzberg.

On ne les appellera plus désormais que « les évadés par la Russie ».

Le 15 septembre 1941, André COLAS signe son engagement dans les Forces Navales Françaises Libres. Il est affecté sur la   Motor Launch 246 Saint-Yves.

 

En mission sur une  Motor Launche (ML 27)

 

A partir de l’été 1941, 4 vedettes Motor Launches (ML), furent cédées aux FNFL, les ML 123 Saint-Ronan, 245 Saint-Guénolé, 246 Saint-Yves, et 247 Saint-Alain.

Après une série d’essais réglementaires, elles furent incluses dans la 20e Flottille de Motors Launches franco-britannique. Les ML FNFL constituèrent la 2e division de cette unité aux côtés de la 1ère division de ML britanniques

(ML 192, 262, 267 et 268). A 20 noeuds, ces petits navires de 70 tonnes escortèrent les convois alliés le long des côtes sud de l’Angleterre, de Land’s End à l’embouchure de la

Tamise.

Le 28 Mars 1942, les 4 ML britanniques de la 20e Flottille furent coulées. L’Amirauté britannique décida alors de les remplacer en choisissant de céder aux FNFL 4 nouvelles vedettes, les ML 182 Ile-de-Sein, 205 Ouessant, 269 Béniguet

et 303 Molène.

Ainsi, la 20e Flottille devient-elle entièrement française à partir de mai 1942, composée de ces 4 nouvelles vedettes et des 4 anciennes (ML 123, 245, 246 et 247). Initialement basée à Portland, la Flottille s’établit à

Weymouth à partir d’Avril 1942. Elle seconde dans la Manche les chasseurs FNFL, poursuit ses escortes de convois et effectue des patrouilles défensives devant Weymouth.

Les ML participeront aux opérations jusqu’en Juillet 1942, avant d’être restituées à la Royal Navy dans l’attente de nouvelles vedettes rapides plus performantes, de type Motor Torpedo Boat (MTB).

 

Affectation sur l'une des  nouvelles vedettes rapides (MTB 94) 

 

Dès le début de l’année 1942, l’état-major FNFL avait décidé d’armer une flottille de huit vedettes lance-torpilles, les Motor Torpedo Boats (MTB), avec une partie du personnel de la 20e Flottille de Motor Launches (ML), afin d’optimiser au mieux les compétences et l’expérience acquises. Leur rôle sera désormais offensif, orienté vers des missions d’interception et d’attaque de convois ennemis en Manche.

 

Créée début août 1942, la 23e Flottille de MTB fut armée entre novembre 1942 et janvier 1943. Elle était composée des MTB 90, 91, 92, 94, 96, 98, 227 et 239. Après un entraînement

intensif à Weymouth en décembre 1942 et janvier 1943, elle rejoignit Dartmouth en février 1943.

 

Affectations des marins havrais : Louis Crenn rejoignit la Base de la 23e Flotille à Dartmouth tandis qu’André COLAS embarquait sur la MTB 94, rejoint ensuite par René Le Balleur. Paul Lemaistre et Robert Spagnol rejoignirent la MTB 96. En août 1942,  Xavier Laporte venant de la ML 123 Saint-Ronan, et Jean Quertier venant de la ML 245 Saint-Guénolé, furent désignés pour armer la MTB 239, commandée par l’officier des équipages Robert Abraham.

 

18 Janvier 1943 - André Colas entre l'Amiral Auboyneau et le général de Gaulle à bord de la MTB 94  - Copyright Adrien Abraham

A partir de Mars 1943, les vedettes de la 23e flottille de MTB, ont pour mission d’intercepter et détruire sur les côtes de France convois et patrouilles ennemis, principalement dans le secteur des îles anglo-Normandes. Elles s’en acquittent brillamment en effectuant 451 sorties dont 128 opérations de guerre, en livrant 15 combats à l’ennemi et en coulant 3 bâtiments allemands totalisant 7 200 tonnes.

Elles appareillent en groupes de leur base de Dartmouth, dans le sud du Devon, au coucher du soleil, pour être sur les côtes de France à la nuit, prêtes à intervenir. Elles se tiennent en ligne de file, très proches l’une de l’autre pour ne pas se perdre.

MTB en patrouille de nuit

copyright : Fondation de la France Libre

Le récit de la patrouille du 11 mars 1943 témoigne des missions vécues par André COLAS (MTB 94), Paul Lemaistre et Robert Spagnol (MTB 96) :

 

Les MTB 94 et 96 en patrouille

« Leur terrain de chasse privilégié est le secteur des îles anglo-normandes, mais ce soir du 11 mars 1943, les MTB 94 et 96 opèrent près des Sept-Iles. Elles viennent de stopper, embusquées à l’abri de la terre, guettant l’ennemi. Sur l’eau calme, les oreilles se tendent dans l’attente d’un bourdonnement d’hélice : on n’entend rien, on ne voit rien. Elles remettent toute-puissance et vont se poster 5 milles plus loin : elles stoppent à nouveau et la longue attente recommence.

Il fait froid, les oreilles picotent, les jambes sont lourdes, les épaules ankylosées ; parfois on croit entendre quelque chose mais ce n’est que le flic flac de la mer contre la coque ou le floc d’un poisson jailli hors de l’eau. Soudain, alors qu’elles s’apprêtent à retourner à leur base, les MTB aperçoivent des lueurs fugitives puis des silhouettes qu’elles identifient comme celles de deux caboteurs faisant route précisément sur elles. Assurant une diversion, la MTB 96 met le cap sur l’adversaire et ouvre le feu avec ses mitrailleuses. L’ennemi surpris réagit énergiquement concentrant son tir sur cette vedette qui s’offre à ses coups. Pendant ce temps, la

MTB 94 s’approche lentement, silencieusement et, comme à l’exercice, lance deux torpilles qui touchent leur but, un dragueur de mines qui se mate

presque instantanément par l’avant et disparaît dans les flots. Les deux vedettes se dérobent à grande vitesse sous un feu d’artifice de balles et obus de tous calibres de la formation ennemie. Elles rallieront leur base sans avaries majeures mais la coque criblée d'impacts".(1)

 

André COLAS reçut une citation  à l’ordre de l’Armée lui accordant la Croix de guerre avec palme, avec attribution de la Médaille des évadés, par décret du 25 février 1946, signé Félix GOUIN, président du gouvernement provisoire de la République française, publié au journal officiel de la République française du 26 mars 1946 (Page 1252 et 1253 G.).

Ce Décret comprenait 164 noms sur les 186 du détachement Billotte.

Ressources

 

Dossier Résistant au SHD de Vincennes (non consulté) : GR 16 P  136253

 

Archives Adrien Abraham.

 

(1) Les Forces Navales Françaises Libres, Amiral Emile Chaline in : revue Espoir n°100, janvier 1995.

 

Les vedettes lance-torpilles françaises, Marc Saibène. Marine Editions, 2007.